Ton odeur est enivrante. Je pourrais la reconnaître entre mille. Elle me fait tourner la tête. Tu me fais tourner la tête. Ton regard me transperce. Tes mains me brûlent. Tes paroles me blessent. Tu me coupes le souffle. Ta présence m’indispose. Tu me fais mal. Et pourtant, prive moi de ces choses, ce sera bien pire. Tout mais pas ça. Pose tes yeux sur une autre et je sens mon coeur s’ouvrir. Ignore moi et je ferais n’importe quoi pour attirer ton attention. J’ai besoin de toi. Toi. Seulement toi. Rien d’autre ne compte.
On rit ensemble, on se moque du monde ensemble, on se tire vers le bas au point d’échouer ensemble. On n’est pas bons l’un pour l’autre. Tu fais ressortir le pire en moi : le vice, la stupidité, la jalousie, la méchanceté. Et moi je te pousse au pêché, je te pousse à la trahison, je te pousse à la lâcheté, je te pousse à être tout ce que je déteste. Je te veux mais je te rejette. Je te transforme en ce monstre que je hais tant. On se fait souffrir. On ne peut pas s’en empêcher. Sans toi, rien n’a de valeur. Montrez moi les Sept Merveilles du monde, faites moi lire les plus beaux textes, forcez moi à écouter les plus belles musiques, mettez moi face à la beauté la plus parfaite. Rien ne m’intéresse. Rien ne me touche. Rien. Tu m’éblouis. Je plonge mon regard dans le tien, je me noie dans tes yeux. L’univers s’estompe lentement puis c’est le néant. Toi et moi. Seuls. Comment aimer quelque chose qui ne se rapporte pas à toi ? Impossible. Si proches, si proches. J’ai l’impression que parfois nous sommes une seule âme dans deux corps différents. Cette complicité est malsaine. Si proches et pourtant si éloignés. Comment est-ce possible ? Cette confusion, cette atrocité, cette chose que nous avons… Ce n’est pas de l’amour. Tu n’es pas mon ami, tu n’es pas mon amant. Je ne pourrai jamais t’aimer comme tu me désires et tu ne pourras jamais me chérir comme je le mérite. Cette chose nous conduira à l’excès, à la folie, à l’ultime souffrance. Il n’y a pas d’autre issue possible. Pas de fin heureuse. Mais il est si doux de s’y jeter à corps perdu. Il est si bon de succomber. Il est si difficile de lutter. Cette chose m’épuise et me fait perdre toute volonté.
Toi et moi, c’est ce drame romantique. Cette relation qu’aucun de nous ne comprend. Toi et moi c’est ce que tout le monde croit deviner mais que personne n’entrevoit. Toi et moi c’est l’irréciprocité des sentiments. On finira par se détester et on le sait. D’ailleurs je te hais déjà pour ce que tu me fais, pour ce que tu me feras. Toi et moi c’est une histoire qui finira mal. Toi et moi c’est ce jeu où personne ne gagne.


Je ne veux plus survivre, je veux vivre. M’échapper de ce vide qui m’aspire. Noircir cette page vierge. Facile d’être heureux quand on ne ressent rien. Facile de ne pas échouer lorsqu’on n’essaye jamais. Facile de ne pas être blessé lorsqu’on ne prend pas le risque d’aimer. Quoi de plus navrant ?
Quelle personne fait ce choix ?! Une personne sensée, raisonnable, mature, un con, un idiot, quelqu’un d’odieux.
Je refuse cette torpeur abjecte et frigide. Inhumaine. Edith Piaf s’est trompée ! La vie, la vraie, elle n’est pas rose. La vie, la vraie, elle est noire. D’un noir de geais.
Je me noie dans mon chagrin, je m’enfonce dans ma mélancolie, je verse des torrents de larmes, je souffre à en avoir mal au ventre, je saigne, je ris, je jouis, je m’enivre d’alcool, m’enivre de ton odeur, de tes mains, de ton corps, au point d’en être dégoûtée, apeurée. Et j’aime ça. Traitez moi de folle, vous n’avez toujours rien compris. Ressentir -peu importe quoi- voilà le but. Traverser les années sans s’en apercevoir, vivre sa vie comme un rêve, être spectateur de ses actions, c’est absurde. Ressentir. C’est tout. Un peu de nerf, un peu de courage. Je préfère avoir le coeur cent fois brisé, connaître la défaite et l’humiliation, connaître la haine et la rancoeur plutôt que de n’exister que dans le néant. Cette pensée m’est insupportable.
M’allonger sous la pluie, m’ébouillanter sous une douche brûlante, mettre la musique à fond, tenter et échouer, donner ma confiance et être trahie, avoir de douces insomnies, être honnête, prendre des risques, vivre dangereusement. Tous les moyens sont bons. -Hit me. -What ? -Hit me ! Just once. I want to feel something.
“J’aime… à ce nom fatal, je tremble, je frissonne.” Phèdre, acte I scène 3
Phèdre de quoi trembles tu ? D’effroi car l’amour te fait peur ? D’horreur car l’amour te rend faible et tu détestes ça ? De plaisir car rien ne te rend plus heureuse ? Ou bien de désir car c’est une drogue dont tu veux toujours plus t’enivrer ?
Surement tout ceci à la fois car la passion est un joyeux bordel qui te met en vrac et qui te laisse à la dérive… Je parle de passion, pas d’amour car il n’est rien sans elle. Aimer quelqu’un sans étincelle, aimer quelqu’un par habitude, aimer quelqu’un parce qu’il nous fait du bien, aimer quelqu’un parce qu’on s’ennuie, c’est comme Paris sans la pluie, c’est comme la nuit sans les étoiles, c’est comme une rose sans épines, ça n’a aucun sens, ça fait sourire, c’est ridicule et très vite ça devient invivable ! D’ailleurs personne ne commet de crimes amoureux, on parle toujours de crimes passionnels. Car oui la passion rend fou au point de pousser au crime. Elle te pénètre, te prend aux tripes, te consume, te déchire le cœur, te tiraille l’esprit, envahit ton corps au point de te rendre malade physiquement… C’est pourquoi la passion fait peur. Cette dépendance à une personne que tu développes au point de ne plus te reconnaître, au point d’agir comme un aliéné, cette fusion des esprits, cette imbrication des corps, cette symbiose des êtres, cette tornade qui détruit tout sur son passage et qui se fout des dommages colateraux et des victimes. La passion est destructrice mais la vérité c’est que nous sommes des sadomasochistes qui se jettent perpétuellement à corps perdu et se livrent avec grâce à ce tourbillon même s’ils savent que la souffrance ultime est au bout du chemin car le moment où la passion fait le plus mal c’est le moment où elle s’extirpe de ta personne car le charme est rompu. Mais l’important c’est le voyage pas la destination, voilà pourquoi on continue irrémédiablement et implacablement à plonger dans ce vaste océan et ses eaux troubles et profondes… parce que même si nager ne nous empêche pas de couler, tous ces petits instants qui nous rendent sporadiquement heureux et nous font croire à cette utopie du bonheur valent tout le chagrin et toutes les larmes du monde !
La passion c’est une douleur inestimable. La passion c’est ce monstre qui vous dévore. La passion c’est le syndrome de Stockholm.
Et à tout ceux “qui ont eu le cœur brisé tant de fois et qui refusent de tomber amoureux car ils ne veulent plus souffrir” laissez moi vous dire que vous êtes des êtres abjectes, des lâches et des trouillards et que de toutes façons vous finirez par y succomber car elle est si grandiose qu’elle finit toujours par vous engloutir ! 
“It’s like screaming, but no one can hear. You almost feel ashamed that someone could be that important, that without them, you feel like nothing. No one will ever understand how much it hurts. You feel hopeless, like nothing can save you. But when it’s over, and it’s gone, you almost wish that you could have all that bad stuff back, so that you could have the good.” -Agyness Deyn
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